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Plan de relance : l’aide à l’embauche des personnes handicapées accueillie tièdement

Le gouvernement a présenté son plan de relance de l’économie pour lutter contre les conséquences économiques de la crise du coronavirus, le 3 septembre dernier. Une des 70 mesures présentées concerne les personnes handicapées : une aide à l’embauche de 4000 euros. Pour certaines associations, cette aide ne s’attaque pas aux vraies raisons du chômage des personnes handicapées

« Le problème de l’emploi des personnes handicapées ne se règlera pas forcément en donnant plus d’argent aux entreprises », analyse Jean-Luc Duval, secrétaire général du Collectif Citoyen Handicap. « Et pour preuve, il existe déjà de nombreuses aides et des quotas de salariés handicapés qui ne sont pas respectés. » Jean-Luc Duval réagit à l’annonce d’une aide à l’embauche des personnes handicapées d’un montant maximal de 4 000 euros, le 26 août. La mesure a ensuite été confirmée dans le plan de relance de l’économie présenté le 3 septembre, qui doit permettre à la France de lutter contre les effets de la crise engendrée par le Covid-19.

Sur les 100 milliards d’euros de mesures engagées dans le plan de relance, 100 millions d’euros sont destinés aux personnes handicapées – soit un millième de la somme totale. « Si on rapporte ces 100 millions d’euros au nombre de personnes handicapées en France, ce n’est rien du tout », dénonce de son côté Odile Maurin, présidente de l’association Handi-Social, conseillère municipale à Toulouse et conseillère communautaire à Toulouse Métropole. Le gouvernement fixe pour objectif  l’embauche de 30 000 personnes handicapées grâce à cette somme.

Une aide initialement réservées aux jeunes

Cette aide prend la forme d’une exonération de charges sociales. Elle est attribuée aux entreprises sans condition de taille ou de secteur, qui embauchent une personne ayant la reconnaissance de travailleur handicapé « dans le cadre d’un CDI ou d’un CDD de plus de 3 mois ». Plusieurs autres conditions s’appliquent : le salaire doit être inférieur à deux fois le Smic et le contrat doit être conclu entre le 1er septembre 2020 et le 28 février 2021. Cette aide est cumulable avec les autres aides de l’Agefiph* mais pas celles du FIPHP**, sans limite d’âge de la personne embauchée. Cette mesure a en réalité été annoncée fin juillet pour soutenir l’emploi des moins de 26 ans. Le Premier ministre a ensuite annoncé qu’elle était élargie aux personnes handicapées, fin août.

Pour Jean-Luc Duval, le fait que cette aide soit identique à celle des jeunes valides pose problème. « A choisir, un employeur qui n’a pas l’habitude d’embaucher des personnes handicapées préférera prendre un jeune de moins de 26 ans », projette-t-il. « Une personne valide lui posera forcément moins de difficultés : son poste n’a pas besoin d’être adapté, elle ne sera pas en retard le matin car les transports ne sont pas accessibles, etc. ». Pour le Secrétaire général du Collectif Handicap Citoyen, cette prime à l’embauche n’aura tout simplement « aucun effet ».

Le risque de concurrence entre jeunes valides et personnes handicapées est réfuté par Caroline Janvier, députée La République en marche (LREM) du Loiret. « Ce ne sont pas les mêmes publics qui sont ciblés : l’aide est accessible sans limite d’âge pour les personnes handicapées, or celles-ci ont plus de compétences que les jeunes car elles sont plus âgées. »

La stratégie du gouvernement : faire baisser le coût du travail

« Nous savons que le handicap est le premier motif de discrimination à l’embauche en France et la crise économique va accélérer cela », anticipe Caroline Janvier. Pour rappel, en France, le taux de chômage des personnes handicapées s’élevait à 18% en 2019, soit deux fois plus que celui des personnes valides. La secrétaire d’Etat aux personnes handicapées, Sophie Cluzel, estime que « limiter le coût de l’emploi est un des leviers » pour lutter contre l’augmentation du chômage, déjà massif. 

Ce n’est pas l’avis d’Odile Maurin ni de Lean-Luc Duval. Pour eux, c’est l’accès au monde du travail qui constitue le premier frein à l’embauche (locaux, transports) mais aussi la formation des personnes handicapées.

La députée LREM Caroline Janvier liste de son côté d’autres freins importants tels que la « méconnaissance et les préjugés des employeurs envers le handicap », mais aussi « la crainte de la complexité des dispositifs d’aménagement du poste de travail ». Elle estime cependant que cette exonération de charge sociale est « une bonne mesure, car il faut lutter de toutes façons possibles pour l’emploi des personnes handicapées ».


* L’Agefiph est l’Association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Elle gère la collecte et la distribution des aides à l’embauche dans le secteur privé.

* Le Fonds pour l’insertion des personnes handicapées dans la fonction publique est un organisme qui finance les aides humaines et techniques dont ont besoin les salariés handicapés dans la fonction publique.

Un article de Laure Delacloche

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