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Image du site make.org

La grande consultation sur le handicap « est un effet d’annonce » qui « ne mène à rien de positif », pour Lény Marques, du CLHEE

Jusque mi-septembre, tous les citoyens étaient appelés à soumettre leurs propositions au gouvernement sur le sujet du handicap sur la plateforme Make.org. Pour Lény Marques, porte-parole du collectif Collectif Lutte et Handicaps pour l’Égalité et l’Émancipation, cette consultation est « inutile ». Le Clhee insiste plutôt sur la nécessité d’appliquer la loi de 2005.

Beaview : Le gouvernement a lancé en mai 2019 une consultation publique en ligne au sujet du handicap, qui constitue la première étape de la Conférence nationale qui doit se tenir en 2020. Comment « garantir une vraie place aux personnes handicapées » est la question posée sur la plate-forme Make.org. Justement, quelle place donne-t-on aujourd’hui à ces personnes ?

Photo de Lény Marques, du CLHEE

Lény Marques : Aujourd’hui, les personnes handicapées sont exclues de la société. Notre collectif a justement été créé parce que nous estimons qu’il faut en finir avec cette situation. Or, depuis la loi de 2005 qui était un bon point de départ, notamment pour le logement et l’éducation, il ne s’est rien passé du point de vue législatif.

Emmanuel Macron, depuis son élection, mène une politique contre les pauvres qui touche aussi les personnes handicapées. Nos droits reculent : la loi Elan qui a mis fin à l’obligation de 100% de logements neufs accessibles, la hausse ridicule de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) -90 euros par mois, ndlr- et la prise en compte du revenu du conjoint dans le calcul de celle-ci, la baisse de l’Aide personnalisée au logement (APL), etc.

Beaview : Cette consultation peut-elle mener à des avancées pour les personnes handicapées ?

Lény Marques : Non, elle ne mène à rien de positif à part des généralités. Cette consultation, c’est un effet d’annonce pour le handicap qui a été déclaré « grande cause nationale » par le gouvernement. Elle est inutile. Nous avons déjà la loi de 2005, qui est un bon texte. Il faut que l’Etat l’applique !

Cette consultation est pleine d’incohérences. Beaucoup de personnes valides peuvent y donner leur avis –dont nous nous passerions bien, car il nous appartient de gérer notre propre libération. Pour certaines personnes handicapées, c’est au contraire difficile d’y participer : des associations de personnes aveugles et malvoyantes ont fait savoir que le site web ne leur est pas accessible. Enfin, nous doutons que les personnes en institution aient pu y participer pleinement.

Nous ne participons donc pas à cette consultation. Notre ligne politique est beaucoup plus radicale, et nous ne pensons pas qu’une consultation du gouvernement associant de grosses associations telles que l’APF ou l’Adapt soit bénéfique.

Beaview : Pourquoi le fait que de grosses associations telles que l’Association des paralysés de France (APF) ou l’ADAPT y soient associées vous dérange-t-il ?

Lény Marques : Car elles ne pousseront pas une consultation ou des propositions qui remettent le système en cause. Le CHLEE est opposé à la mise en institution, c’est un manquement à nos droits qui relève de la ségrégation et de l’enfermement.

Or les grandes associations telles que l’APF ou l’ADAPT gèrent ces institutions, car l’Etat leur en a délégué la gestion. Elles reçoivent des subventions pour remplir cette mission. Elles ne mordront donc pas la main qui les nourrit ! Qui plus est, elles sont rarement dirigées par des personnes handicapées. Bref, nous considérons qu’elles ne nous représentent pas.


Pour en savoir davantage, la consultation était en ligne sur la plateforme internet make.org et pour en apprendre plus sur la conférence nationale du handicap 2018-2019, il y a le site gouvernement.fr. La conférence 2020 sera alimentée par les propositions retenues lors « d’ateliers de transformation » qui auront lieu en décembre prochain.


A lire aussi, le communiqué (non daté) de plusieurs associations d’aveugles et déficients visuels, selon lequel la plateforme de propositions n’est pas accessible.


Le CLHEE, qu’est-ce que c’est ?

Fondé en 2016, le collectif Lutte et handicap pour l’égalité et l’émancipation (CLHEE) regroupe des « militants et activistes directement concernés par le handicap ». Le collectif défend la désinstitutionnalisation, soit « la fin du placement des personnes handicapées mineures ou majeures en structures, dites ‘spécialisées’ ». Il a également vocation à « dénoncer les entreprises gestionnaires ». Le Clhee défend également « la vie autonome » et lutte contre « le validisme, les discriminations et l’handiphobie ». Il définit le validisme comme un point de vue qui « fait de la personne valide en bonne santé la norme universelle et l’idéal à atteindre ». Le collectif se prononce par ailleurs contre l’assistance sexuelle, qui « relève d’une approche médicale passéiste du handicap ».


Interview de Laure Delacloche

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