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Élèves handicapés : la gestion des AESH, toujours un point noir de la rentrée scolaire

Un mois après la rentrée scolaire, certains élèves handicapés éprouvent encore des difficultés pour être scolarisés dans de bonnes conditions. Les notifications inadaptées de la MDPH, mais aussi les absences non remplacées de leur AESH, ou encore un accompagnement mutualisé qui ne prend parfois pas en compte leurs besoins… Tout ceci perturbe leur apprentissage.

Aucun enfant handicapé sans solution de scolarisation en septembre 2020. C’est la promesse qu’avait formulée Emmanuel Macron, lors de la Conférence nationale du handicap, en février dernier. Sur les 385 000 élèves handicapés ayant fait leur rentrée à l’école ordinaire*, ils seraient en réalité 10 000 à ne pas pouvoir se rendre à l’école, affirme le Collectif Handicap Citoyen sur Twitter, le 16 septembre. Un chiffre qui « étonne » le ministère de l’Education nationale, qui « s’interroge sur son origine ». Le 24 septembre, tout en précisant que le ministère ne dispose alors de remontées que pour la moitié du territoire, l’Education nationale dénombre « 1500 jeunes en attente et sans solution. Parmi eux, 60% attendent une place dans des structures médico-sociales et environ 15% attendent un Accompagnant des élèves en situation de handicap (AESH) ».

Des situations toujours aussi complexes sur le terrain

Impossible donc de fournir un état des lieux qui fasse consensus. Toujours est-il qu’un mois après la rentrée, sur le terrain, on ne perçoit pas le grand changement annoncé. « Les appels de parents sont les mêmes que ceux que nous recevons chaque année », constate Marion Aubry, vice-présidente de TouPI, une association de familles et personnes concernées par les troubles cognitifs. Les élèves handicapés se trouvent dans des situations aussi complexes qu’auparavant, à l’image de Thomas, 13 ans, qui vit à Poitiers et qui est déscolarisé depuis septembre 2019. La directrice de son établissement privé a posé comme condition que Thomas soit accompagné à plein temps par une AESH. « Malheureusement la Maison départementale des personnes handicapées nous a notifié une accompagnante mutualisée entre plusieurs élèves. Mon fils est anxieux, il a vraiment besoin d’un accompagnement permanent. J’ai donc effectué un recours en novembre 2019. »

Si Emilie Plancke attend toujours une décision, elle n’espère cependant « plus grand-chose de leur part ». Elle envisage donc désormais d’emmener son fils en voyage en France et qu’il suive un enseignement à la maison avec l’aide du Cned. Une façon de le scolariser tout de même.

Des AESH mutualisés, source d’inquiétude

Ce sont les problèmes autour de l’affectation des AESH qui concentrent les inquiétudes des parents, confirme Marion Aubry. Leur absence, le volume horaire souvent trop faible alloué aux élèves, et « de plus en plus, la problématique des AESH mutualisés ».

Institués en 2012, les accompagnants qui s’occupent de plusieurs enfants handicapés ont vocation à prendre en charge des élèves « qui ne requièrent pas une attention soutenue et continue ».  « L’esprit des AESH mutualisés, c’était que s’il y a plusieurs enfants qui ont des besoins dans la même classe, l’AESH peut s’occuper de tous », rembobine Marion Aubry, de TouPI. « En réalité, les AESH sont désormais affectées sur plusieurs écoles, ça n’a plus aucun sens. C’est simplement une manière de gérer la pénurie. » En outre, les notifications d’AESH mutualisé ne précisent pas de volume horaire, ce qui facilite leur gestion par l’administration, parfois aux dépends des besoins des élèves handicapés. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône, la direction des services départementaux de l’Education nationale annonce le 26 juin que le temps d’accompagnement d’un enfant par une AESH mutualisée est limité à 5 heures hebdomadaires. Le nombre d’heures auprès d’un élève peut augmenter seulement si « les heures d’AESH dans la structure sont supérieures aux besoins et le temps qu’un nouvel élève notifié devant être pris en charge n’apparaisse ».

Parfois, la mutualisation de l’accompagnement est même imposée en allant à l’encontre de la décision de la Maison départementale des personnes handicapées. En Haute-Savoie, à Annemasse, Delphine Dupont a eu la mauvaise surprise de découvrir à la rentrée qu’une AESH mutualisée était proposée à son fils, à raison de « 45 minutes ici ou là, alors que la MDPH avait notifiée une AESH individualisée sur le temps total de scolarisation, soit 12 heures. »

Delphine Dupont a donc adressé une requête en référé liberté au tribunal administratif de Grenoble le 11 septembre, mais la juge l’a rejetée. « Son argument, c’est que les trois heures d’accompagnement d’Eden chaque semaine, c’est toujours mieux que rien », rapporte-t-elle. L’école a, par la suite, contacté la mère d’Eden : « ils veulent qu’on se rencontre pour nous proposer une orientation, mais je la refuserai. Dès qu’on remue l’Education nationale, nous les parents, on se voit proposer de placer notre enfant en institut médico-éducatif… ». Ces structures ne dépendent pas de l’Education nationale et leur financement est assuré par l’Assurance Maladie.

Une nouvelle organisation qui n’empêche pas les problèmes de gestion

Au-delà de la promesse présidentielle, le gouvernement réorganise, depuis 2018, l’affectation des AESH. Des Pôles inclusifs d’accompagnement localisés (Pial) sont en train d’être déployés dans chaque département, dirigés par des principaux de collège, des proviseurs de lycée, ainsi que des inspecteurs de l’Education nationale. « L’idée, c’était que gérer l’affectation des AESH localement, plus près des établissements scolaires, cela améliorerait la situation. En réalité les décisions ne sont pas toujours rationnelles », constate Marion Aubry.

En Loire-Atlantique par exemple, malgré cette nouvelle organisation, de grosses difficultés ont tout de même été ressenties pour gérer les absences. A la veille de la rentrée, Louise, en deuxième section de maternelle, perd l’AESH qui devait l’accompagner dès le lendemain : cette dernière est en arrêt maladie. « Après avoir passé quatre jours à harceler le numéro vert Ecole inclusive*, une remplaçante a été nommée», raconte Caroline Boudet, sa mère. Problème : cette remplaçante se met elle-aussi en arrêt maladie, touchée par le Covid-19. Les parents de Louise apprennent alors qu’il n’existe pas de vivier de remplaçants pour les absences de moins d’un mois, Pial ou non. Louise a du se passer d’AESH jusqu’au 24 septembre.  

Ce problème de remplacement illustre sans doute aussi celui de la ressource. Cette année encore le ministre de l’Education nationale a annoncé le recrutement de 8000 AESH, soit l’équivalent de 4000 accompagnantes à temps plein. « Mais cela ne résout pas la pénurie : d’une année sur l’autre, le nombre de notifications de la MDPH augmente vite, car le champ du handicap s’élargit », estime Marion Aubry.


* Ce chiffre recouvre aussi les élèves dont la scolarité est partagée avec les institutions du secteur médico-social.

* 0 805 805 110


Un article de Laure Delacloche

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